Infolab#3 De la mode et des prénoms

Poursuite du retour sur les 3 ateliers de découverte des données ouvertes organisés à l’occasion de Viva-Cités. Le premier atelier avait pour thème le Jardin du Thabor, le second les données de mobilité (le récit d’une participante est à lire sur le Mag de la Cantine numérique rennaise). Ce troisième et dernier infolab était consacré aux prénoms, une donnée ouverte à Rennes et ailleurs.

L’infolab prénoms
(photo Franck Hamon / Ville de Rennes)

Faut-il y voir un effet du thème proposé pour cet infolab ? Les participants à cet atelier étaient exclusivement des participantes. Nous avons commencé par décliner nos prénoms, pas uniquement le premier prénom (ou le prénom usuel) mais l’ensemble de ceux qui figurent sur nos papiers.  On constate déjà un effet de génération : la mode est plutôt à donner deux prénoms, plus rarement trois ou plus. J’avais déjà eu l’occasion de m’intéresser à cette question des prénoms en open data (notamment avec Loïc Hay lors du dernier Forum des Usages Coopératifs de l’Internet). L’objet « prénom » est relativement facile à comprendre (contrairement à d’autres jeux de données plus techniques) et les données sont disponibles sur plusieurs territoires (facilitant les comparaisons d’une ville à l’autre). Enfin, le fichier des prénoms est l’un des fichiers les plus téléchargés sur les portails open data des collectivités. Un objet populaire, facile à comprendre et disponible : que demander de plus pour sensibiliser le grand public aux données ouvertes ?

Qu’il y a t-il dans un prénom ?

La première partie est consacrée à une étude de l’objet « prénom ». J’ai préparé quelques documents pour nous y aider. Une partie est issue de l’ouvrage « Sociologie des prénoms » du sociologue Baptiste Coulmont (Editions La Découverte). Nous échangeons ainsi sur ses travaux sur les réussites au bac en fonction des prénoms des candidats – l’occasion de faire la distinction entre corrélation et causalité :  malheureusement appeler votre fille Hortense n’est pas la garantie qu’elle obtienne une mention très bien au bac !

Le « stock » de prénoms grandit chaque année
(source : revue Octant Insee Bretagne, 2004)

L’autre source que nous consultons est une étude publiée par l’INSEE Bretagne sur les prénoms (revue Octant, 2004). On y trouve notamment des éléments intéressants sur la progression du « stock » de prénoms utilisés : « de1946 à 1970, moins de 40 prénoms suffisaient à nommer la moitié des enfants nés en Bretagne, en 2002 il en faut 109« .

La mode qui cache la forêt : choisir un prénom original, c’est très banal

J’invite ensuite les participantes à prendre connaissance des données proposées sur les portails open data de Rennes et de Nantes. Le fichier (que j’ai retravaillé) mentionne les occurrences pour chaque prénom, ainsi que le nombre total de naissances réparties par sexe. Ainsi, en 2011 les prénoms les plus populaires pour les filles sont Manon, Louise et Chloé (respectivement 57, 55 et 50 occurrences à Rennes). Ce résultat ne surprend personne : a priori ce sont des prénoms que l’on dit « à la mode ».

Cette même année 2011, ce sont pourtant près de 3546 filles qui sont nées sur le territoire rennais. Manon, notre « top », représente à peine 1,6 % des prénoms donnés. Dit autrement: en moyenne il naît à Rennes une fille toutes les deux heures et demi… mais le prénom Manon n’est donné (toujours en moyenne) qu’une fois par semaine !

Il y a largement de quoi relativiser l’impact de la mode des prénoms… Ce qu’une sage-femme pourrait d’ailleurs nous confirmer : la norme dans les maternités ce ne sont pas les Léa, Emma ou Malo mais plutôt les prénoms originaux avec, parfois, des variations orthographiques (Sarah / Sara, Ryan / Rayan, Mathis / Mathys).

Le fichier que nous étudions ne comporte pas les prénoms donnés moins de 6 fois au cours de l’année. La responsable du service en charge de l’état-civil de la Mairie de Rennes nous apprend ce qui ne figure pas dans notre jeu de données : près d’un quart des prénoms donnés chaque année dans la ville sont uniques ! Unique car ils n’ont été donné qu’une fois, mais aussi unique dans la mesure où souvent ces enfants n’ont qu’un seul prénom. Il est vrai qu’avec un prénom très original, nul besoin d’en avoir un deuxième pour éviter l’homonymie…

Que veut-on raconter avec ces données ?

La dernière partie de notre atelier est consacré à une réflexion sur les réutilisations possibles des jeux de données prénoms de Rennes et Nantes. On pourrait tout d’abord imaginer de comparer les prénoms les plus populaires dans les deux métropoles (Top 50). En pratique, on voit qu’il y a relativement peu de différences entre rennais et nantais.

La discussion s’engage ensuite sur l’objectif que nous pourrions fixer à des visualisations (représentations graphiques) de nos données. Veut-on mettre en avant la chronologie (pour montrer les prénoms qui montent ou descendent année après année dans chaque ville) ? Ou encore mettre en lumière la diversité des prénoms (au besoin en recalculant l’indicateur fourni par l’INSEE au niveau national, à savoir le nombre de prénoms nécessaires pour nommer la moitié des naissances) ?

Souhaite-t-on aider les parents à choisir le prénom le plus original possible (en leur garantissant que ce prénom n’a pas été donné à Rennes au cours des 3 dernières années) ? Ou a contrario leur montrer que même s’ils nomment leur garçon Arthur, la probabilité qu’ils soient plusieurs à porter ce prénom dans sa classe de maternelle est finalement assez faible ?

Au final, on voit bien qu’en matière de réutilisation des données, l’intention aussi est importante : à partir d’un même jeu de données, on peut raconter mille histoires.

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